Tryphonne Tournesol

04 novembre 2010

Malaise

C'est par vagues.
Au début on y pense même pas. Tu fais ta vie, ta valise, ta lessive, ta vaisselle, tes abdos, tes courses, tes brushings, ta paperasse, non, vraiment, t'y penses pas.
Et puis, malgré toi, tu regardes autour.
Ca faisait longtemps. Presque le vertige.
Alors tu reprends ton bouquin.
Ca bien failli te traverser l'esprit, mais ouf, c'est reparti.
La vie, je veux dire. Aveugle, en fait.
Et puis un film.
Ou une phrase.
Ou une impression.
Et tu es saisie.
Enfermée dans un silence bien entretenu.
Silence de deux longues années.
Pourtant heureuses, mais...
Pas tant que ça ?
Et d'y penser, là, par contre, tu pleures.
Comment peut-on se taire ?
Comment peut-on vivre sans dire et sans asphyxie ?
"Le cerveau a été privé d'oxygène trop longtemps, des séquelles sont possibles"
Alors, on soigne le mal par le mal.
Puis malaise pour cause d'hyperventilation.
Alors...
Retour aux phrases courtes.
Le temps de la convalescence.

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17 avril 2009

P*tain de longue absence

    Voilà, j'ai à nouveau envie/besoin/de quoi écrire.
    Il était temps, bon Dieu !

    Mon année a été bien riche, et c'est pas terminé. Du tout, même. Je dirais même que le plus gros reste à faire.
    Le conservatoire de Paris est à portée de main, mais un concours reste un concours : il faut l'avoir mais il n'y a pas de place pour tout le monde, et chaque "tour" est décisif. Par conséquent, rien ne doit être laissé au hasard, tout doit être calculé, millimétré, su, répété et re-répété, ancré dans le corps, dans le sang, dans la tête, joué, amusé, et tout cela avec envie, talent et... virtuosité, je dirais. Légerté, quoi.
C'est pas gagné du tout. Mais j'ai l'envie et le temps de travail doit être suffisant, donc il le sera, et puis c'est tout.
    Il n'y a plus de questions métaphysiques sur soi à se poser. Foncer tout droit sans oublier de respirer, mais ça, ça y est, je sais faire, maintenant. Mon violoniste m'a bien appris, et il m'apprend toujours.
    Et puis the show must go on, comme dirait Frédi, hein.

    Alors mademoiselle Julie va apparaître, sur la scène du théâtre du conservatoire, complètement perdue, la tête dans le cul, l'ivresse toujours bien là, mais l'extra-lucidité qu'elle aura malgré tout conduira pourtant le rasoir à découper la chair de son cou.
    Et voilà, mettre le feu aux planches avec cette partition du rêve qui devient cauchemar sera mon étoile, mon Nord. Ou mon Sud, qui sait.

    Tout reste à faire, comme toujours.
    Et j'aime ça !

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28 octobre 2008

Dans mon ptit café

    Je découvre depuis quelques temps les joies du service.
    Naaaan, pas du service militaire, non, ni du service de bonne, mais du service tout court : bonjour, que puis-je faire pour vous? Une tarte aux figues du Canada? Vous lécher les pieds? Torcher les fesses de votre petit monstre?
    Bref.
    Je suis serveuse quoi.

    Ce qui signifie des séquelles récurentes au moins du samedi soir au lundi matin au niveau des pieds (douloureux), des jambes (désarticulées), du dos (cassé), des bras (courbaturés), des mains (gonflées griffées brûlées), du moral (chute libre), etc...

    C'est varié, comme boulot, remarquez. Parfois, c'est très drôle, d'autre fois il vaut mieux rire parce que sinon tu pleures, et d'autres fois encore c'est très chiant.

    # par exemple quand ça fait une semaine que tu n'as pas bougé de la plonge, le dos courbé sur l'évier et les mains constament dans la flotte, la tête au dessus de la machine à encaisser le nuage de vapeur, alors que t'es violoniste et que les mains, c'est précieux, et que tu es la plus grande et la seule qui se casse le dos quand elle est à la plonge. Bref... les joies du début... et de la suite! #

    Plusieurs types de clients viennent se presser au portillon pour prendre leur petit moment tranquille dans cette boutique chic parisienne.

    Il y a les stars. Les trombines connues. Certains habitués très gentils, attentionnés, bien élevés, avec des enfants souriants et plutôt sages, viennent ici pour déjeuner tranquillement ou chercher une bonne baguette l'esprit tranquille. Ce n'est pas ici qu'on viendra les faire chier ; d'autres viennent pour faire du bruit, montrer leurs lunettes noires, traiter les gens comme de la merde et exiger la lune rien que pour pouvoir nous gueuler dessus parce qu'on ne peut pas leur lui filer, cette putain de lune. Rien d'extraordinaire jusque là, vous connaissez sans doute la routine.

    Il y a les riches. Ceux qui ont le fric et qui s'en foutent. Les enfants qui courent partout (alors que ce n'est déjà pas très grand) en criant, qui s'arrêtent net devant la vitrine du traiteur avec des yeux ronds, et qui, se tournant brusquement vers leur maman, se mettent à émettre un son rauque et gourmand en pointant d'un doigt dodu un gâteau au fruits confits. La maman de dire : "tu en veux, mon chou? ah. mademoiselle, une tranche pour mon fils" (s'il vous plait : en option) On vient ensuite prendre la commande (pour maman bébé et mère grand) : oeufs brouillés, grand jus pressé pour le gamin (s'il arrive à tout boire, je le fais danser sur le bar sous les yeux du patron), avec une tisane pour pas trop l'exciter (tiens, un peu de bon sens... étrange), des cannelés, des tartines, un toast beurré, un cappuccino, un café latte, deux parts de gâteau, un croissant, une chocolatine, une brioche à emporter, un expresso, etc...
    Au fur et à mesure que j'apportais les plats sur la table, le gamin devenait de plus en plus intenable # "tu fais tomber cette théière à 150€, je te défonce la tête mon petit" # et retournait devant la vitrine pour choisir d'autres mets délicieux. La maman commandait au fur et à mesure. Et une paille, et une serviette, et d'autre confiture, et d'autre truc, et machin, et chose, je n'avais jamais vu ça.
    Puis ils se mettent enfin à manger. La grand-mère sert une tasse de tisane à son petit fils, et constate que, bah oui madame, c'est chaud, donc elle m'appelle. Mais oui madame, je vous apporte un pot d'eau froide tout de suite. "ah mais non, sinon ça va allonger sa tisane, ça n'va pas, apportez moi plutôt une autre tasse, que je puisse transvaser, vous voyez, hein, tchouf, tchouf! ahahah!"
    Imaginez deux secondes la tête des deux nanas au bar quand je suis allée leur demander une autre tasse pour le gosse : elles avaient de la vaisselle jusque pardessus la tête, des clients partout dans la boutique qui attendaient que les places se libèrent, une machine de verres à sécher, 30 cafés à faire couler, 20 oranges à presser, etc. Alors donner une tasse supplémentaire qui plus est en hiver quand tout le resto commande un thé ou une tisane à l'unisson, et quand on a autre chose à faire que de la vaisselle, tout ça pour un gosse insupportable de 5 ans...

    Mais, rassurez-vous, il y a aussi les riches gentils. Ceux qui sont gentils avec les serveuses, qui viennent de temps en temps manger au bar pour discuter avec la responsable. La fille est bien élevée, le seul tort qu'on pourrait lui trouver est de faire des bulles dans son lait avec sa paille. Jusque là rien de grave. Et puis la maman raconte, parle culture, et puis nous arrivons au sujet de la crise financière : "Je vais pouvoir dire à mon amie qui fait ses courses au Bon Marché qu'elle n'a plus qu'à aller à Monoprix! hahahouhouhaha". "Moi qui faisais mes courses au ED, je vais pouvoir marcher un peu plus loin jusqu'au LIDL! hahahouhouhaha!"

    Bref, elle n'a pas fait exprès, et c'est dans ces cas là que l'on rit un peu jaune.

    Il y a aussi les gens étonnants de connerie et d'irrespect, qui arrivent à 5 et prennent 4 tables (soit plus de 1/5eme de la boutique), en mettant sacs et manteaux sur les chaises alentour, les gamins braillards, qui commandent un expresso et un muffin en tout et pour tout, qui sortent de leur sac le gâteau énorme de la boutique concurrente et des barres sucrées venant de l'épicerie du coin pour les enfants... et le temps de compter jusqu'à cinq, les fleurs dans la boutique sont déjà effeuillées.

    Là, le patron, sans s'énerver, donne à la serveuse l'addition à apporter en même temps que le café et l'expresso "qu'ils comprennent et qu'ils se barrent vite"...

 

    Prochain épisode, je parle de l'équipe !

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20 juillet 2008

Classiques russes

Je ne sais pas d'où ça me vient, mais j'ai une attirance certaine (et que j'entretiens) vis-à-vis de l'Europe de l'Est.
Chants tradionnels, paysages, coutumes, je n'y connais strictement rien mais ça me passionne. Je suis attitée, comme une abeille par du miel, vers tous ces compositeurs qu'ils soient russes, polonais, tchèques, roumains... Et depuis que j'abrite en mon coeur un violoniste roumain qui joue tout ça comme personne, c'est pire!

Mais réfléchissons : Qu'est-ce que cette musique-là a de plus que Mozart (qui me gonfle) • quoi quoi quoi blasphème ? Il me gonfle, c'est tout, j'y peux rien, mais j'en peux plus de ses trucs tout propres qui tachent pas et qui... bref. Il me soule, voilà. • ? Je pense que la musique classique (et baroque) Française est tout ce qu'il y a de plus hypocrite : toutes les douleurs sont mises au carré de la somme des côtés qui piquent, et ça donne un super truc qui raconte une histoire à laquelle on ne croit pas, mais avec de beaux dessins et un papier qui sent bon. Voilà, pour moi, Mozart, c'est ça. Je n'arrive pas à me laisser atteindre par sa musique. Son génie m'éclate à la gueule, mais pas son art, il ne me touche pas. Et pourtant, il y met le paquet! Mais non, rien à faire. Et toutes ces pièces pour quatuor et clavecin ou flûte à bec, etc... c'est très beau, très fin, mais l'impatience me gagne vite à l'écoute de ces petits chef d'oeuvres musicaux.
Tandis que ces slaves qui boivent leur vodka cul-sec, qui, comme Mussorgsky, se laissent dériver vers les toiles d'araignées qui ornent les coins de leur imaginaire sans peur de se salir les doigts en les posant sur des portées, voilà, pour moi, la musique, c'est ça.


Découvrez Leonard Bernstein;Jennie Tourel!

Ecoutez, vers une minute 30, les sorcières qui arrivent sur le Mont Chauve, dans la brume sale et opaque de la fin du jour, elles viennent semer la discorde dans les idées de l'homme endormi par l'alcool, hanter son esprit. Bon je n'aime pas trop cette version, je trouve que les sorcières sont habillées en Chanel et ça m'énerve. Mais je ne pouvais pas mettre la mienne en ligne (trop lourde) je suis bien désolée. Mais pour me rattraper, écoutez plutôt Smetana :


Découvrez Erich Leinsdorf!

ce chant magnifique de fierté nationale et d'engouement festif, le tout dans la légèreté et la finesse, l'utilisation géniale des violoncelles, le chant aux violons et aux vents, voilà, ça c'est de la musique ! Ca, ça vient vous chercher au fond de votre siège, et vous vous retrouvez vite debout à hurler et à jeter votre verre vide derrière votre épaule. Ou presque.

Et pour finir, parce que quand même, voilà un violoniste absolument génial : Ivry Gitlis. Il joue la première danse roumaine, de Bela Bartok. Splendide. Bon le pianiste se galère un peu pour suivre son cher violoniste, mais bon, c'est superbe quand même.

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17 juillet 2008

Le Russe Désespéré

    L'homme était plutôt petit, aux cheveux blancs d'un blond passé, je lui trouvais presque un air de Sting. Ses yeux très bleus ? Sa carure ? Sa beauté qui s'ignore ? Je ne sais pas ce qui me plaisait tant en lui. Il marchait dans les rues de Montmartre, sa guitare à la main, l'oeil plus ou moins torve.
    Mon homme l'arrête. Ils se reconnaissent, s'embrassent, se regardent, se parlent à peine. Présentations : il s'agenouille pour me faire le baisemain, avec un sérieux déconcertant.
    Et, suffocant d'alcool, entre ses hoquets et sa feignasse de mâchoire, il nous marmonnait une chanson de Jacques Brel. Les paroles fuyaient de son esprit comme l'eau coule entre les doigts d'une main. Parfois il en restait quelques unes, juste de quoi garder une ou deux rimes complètes, avant de sombrer à nouveau dans le flou éthylique.
    Passés à l'épreuve de la mémoire puis à celle de la mâchoire ramollie, les vers survivants me parvenaient comme un murmure. Les mots sonnaient comme jamais je ne les avaient entendu sonner, chacun d'entre eux. Etait-ce dû à son accent ? Je ne crois pas, non. Il chantait à peine mais nous regardait dans les yeux malgré la fatigue et l'alcool, et nous racontait la marche des Désespérés.
    Les larmes coulaient de la lumière bleue qui émanait de ses yeux. Je ne sais pas ce qu'il pleurait, mais quelle douleur, mon Dieu, quelle douleur !
    Avant de se quitter, les yeux encore humides, plus qu'une plainte, il nous délivra une prière : "soyez heureux".

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11 juillet 2008

Ecrit sur l'écriture

    Ecrire comme un rouleau compresseur écrase l'herbe sur la terre, comme un homme regarde une femme, comme le touareg étanche sa soif à l'oasis.

    Il n'est pas de raison qui tienne dans ce combat perpétuel contre la démangeaison aveugle.

    L'encre comme libération jouissive d'une part de nous-même s'épanche en son lecteur comme la semence.

    L'écriture s'érige en instants suprêmes dont chaque seconde est tant une douleur que l'accomplissement d'un destin dans sa dépendance totale à la passion.

    L'inconstance crève dans le foetus du monde et plus rien n'étonne plus personne.

    Où sommes-nous et qui sommes-nous pour bafouer à ce point les droits les plus primitifs et les plus nécessaires à notre désir ?

    La constance mène à la banalisation, la banalisation à l'enfermement, l'enfermement à la mort.

    Contre ces fléaux je réclame. Ils ne tuent pas l'homme, ils l'asphyxient dans son essence-même.

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La femme du métro

La femme est assise, plus sur une fesse que sur les deux, plus bancale que d'habitude. Plus tordue, plus tendue. Elle porte le visage d'une femme qui a essayé de se ranger. Ces femmes qui ont juré leur amour sur leur vie, qui ont eu des moutards qu'elles ont aimé, et qui se retrouvent un jour sur le bord de la route.
    Où est l'erreur?
Ses yeux bleus magnifiques sont en harmonie avec son visage : ses traits sont joliment dessinés, en harmonie avec son regard triste.
Elle et son mari sont devenus les meubles de leur vie respective. Ils se croisent, s'embrassent parfois, sont polis et respectueux. Alors elle a prit un amant. Pour être bousculée, renversée, blessée, adorée ou détestée, aimée ou rejetée, mais gueuler son existence. Ne pas être par procuration. La maman de Sophie. La femme de Christophe. La patronne de Paul.
  C'est pour ça qu'elle a une grosse valise. Elle a quitté son amant. Ou son mari. Peut-être les deux. Où allez vous je ne sais pas ailleurs. Elle n'a emmené que le nécessaire, le reste est parti à la poubelle. Photos, colliers, boîtes, dessins d'enfant, poubelle.

Elle pense à ses enfants qui la jugent.
Elle pense à son mari qui pleure. Ou crie.
Elle pense qu'il n'aurait jamais osé faire pareil par respect, et que c'est encore pire.
Elle pense qu'elle a elle-même tout détruit, de ses propres mains. Exprès. Et toc. Tu vois, chui cap'.
Elle pense qu'elle ne se le pardonnera jamais.
Elle pense qu'elle a fait le bon choix.
Elle pense qu'elle s'est plantée sur toute la ligne.
Elle ne pleure pas.
Elle ne sait pas.
Elle ne pense pas.
Elle est vide.

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le violoniste

Il a les cheveux très noirs en bataille, les boucles dessinant des cercles tout autour de sa tête. La silhouette fine et presque effeminée est cadrée par des épaules assez étroites. Au beau milieu de son visage merveilleux trône un nez brisé par ses yeux si sombres, dont on ne distingue pas la pupille de l'iris ; son regard épouse toute chose avec une douceur enfantine et amoureuse. Il regarde les femmes comme il caresse les notes, avec charme et pétillement. Son sourire n'a d'égal que le Bonheur. Pas de parfum, une simple sensation de bien-être qui éclot autour de sa personne comme une fleur au printemps.

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