11 juillet 2008

La femme du métro

La femme est assise, plus sur une fesse que sur les deux, plus bancale que d'habitude. Plus tordue, plus tendue. Elle porte le visage d'une femme qui a essayé de se ranger. Ces femmes qui ont juré leur amour sur leur vie, qui ont eu des moutards qu'elles ont aimé, et qui se retrouvent un jour sur le bord de la route.
    Où est l'erreur?
Ses yeux bleus magnifiques sont en harmonie avec son visage : ses traits sont joliment dessinés, en harmonie avec son regard triste.
Elle et son mari sont devenus les meubles de leur vie respective. Ils se croisent, s'embrassent parfois, sont polis et respectueux. Alors elle a prit un amant. Pour être bousculée, renversée, blessée, adorée ou détestée, aimée ou rejetée, mais gueuler son existence. Ne pas être par procuration. La maman de Sophie. La femme de Christophe. La patronne de Paul.
  C'est pour ça qu'elle a une grosse valise. Elle a quitté son amant. Ou son mari. Peut-être les deux. Où allez vous je ne sais pas ailleurs. Elle n'a emmené que le nécessaire, le reste est parti à la poubelle. Photos, colliers, boîtes, dessins d'enfant, poubelle.

Elle pense à ses enfants qui la jugent.
Elle pense à son mari qui pleure. Ou crie.
Elle pense qu'il n'aurait jamais osé faire pareil par respect, et que c'est encore pire.
Elle pense qu'elle a elle-même tout détruit, de ses propres mains. Exprès. Et toc. Tu vois, chui cap'.
Elle pense qu'elle ne se le pardonnera jamais.
Elle pense qu'elle a fait le bon choix.
Elle pense qu'elle s'est plantée sur toute la ligne.
Elle ne pleure pas.
Elle ne sait pas.
Elle ne pense pas.
Elle est vide.

Posté par gastonette à 13:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La femme du métro

    ad lib.

    Elle pense à ses enfants qui la jugent.
    Elle pense à son mari qui pleure. Ou crie.
    Elle pense qu'il n'aurait jamais osé faire pareil par respect, et que c'est encore pire.
    Elle pense qu'elle a elle-même tout détruit, de ses propres mains. Exprès. Et toc. Tu vois, chui cap'.
    Elle pense qu'elle ne se le pardonnera jamais.
    Elle pense qu'elle a fait le bon choix.
    Elle pense qu'elle s'est plantée sur toute la ligne.
    Elle ne pleure pas.
    Elle ne sait pas.
    Elle ne pense pas.
    Elle est vide.
    Elle est vide.
    Elle ne pense pas.
    Elle ne sait plus.
    Elle ne pleure plus, même ça lui semble futile depuis qu'elle n'a plus personne pour la consoler.
    Elle se revoit en mariée, et crache sur les châteaux espagnols qu'elle s'était construit alors à force de volonté.
    Elle pense qu'elle s'est planté sur toute la ligne, qu'on ne peut pas tromper le bonheur comme ça ; qu'on ne peut pas tromper le bonheur tout court.
    Elle sent qu'on ne l'y reprendra plus.
    Elle n'oublie rien, connait la valeur des rayons de soleil passés.
    Elle ne nie pas ses petites victoires éphémères. Elle sait que ses enfants lui diront merci, d'être restée, d'être partie. Ils comprendront, plus tard. Ils respecteront son courage. Un jour.
    Qu'elle n'a peut-être pas raté ça.
    Elle apprend, apprend à devoir tout réapprendre.
    Elle sait qu'on a plusieurs vies.
    Elle se promet de ne pas rater la suivante.

    Le métro ralentit ; la 8 n'est pas très chargée aujourd'hui. Elle arrive à Liberté. Elle va descendre. Elle sourit...

    Posté par Chris, 19 juillet 2008 à 00:57 | | Répondre
  • Merci Chris! Joli cadeau que tu me fais là!

    Posté par Marionette, 19 juillet 2008 à 12:29 | | Répondre
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