17 juillet 2008

Le Russe Désespéré

    L'homme était plutôt petit, aux cheveux blancs d'un blond passé, je lui trouvais presque un air de Sting. Ses yeux très bleus ? Sa carure ? Sa beauté qui s'ignore ? Je ne sais pas ce qui me plaisait tant en lui. Il marchait dans les rues de Montmartre, sa guitare à la main, l'oeil plus ou moins torve.
    Mon homme l'arrête. Ils se reconnaissent, s'embrassent, se regardent, se parlent à peine. Présentations : il s'agenouille pour me faire le baisemain, avec un sérieux déconcertant.
    Et, suffocant d'alcool, entre ses hoquets et sa feignasse de mâchoire, il nous marmonnait une chanson de Jacques Brel. Les paroles fuyaient de son esprit comme l'eau coule entre les doigts d'une main. Parfois il en restait quelques unes, juste de quoi garder une ou deux rimes complètes, avant de sombrer à nouveau dans le flou éthylique.
    Passés à l'épreuve de la mémoire puis à celle de la mâchoire ramollie, les vers survivants me parvenaient comme un murmure. Les mots sonnaient comme jamais je ne les avaient entendu sonner, chacun d'entre eux. Etait-ce dû à son accent ? Je ne crois pas, non. Il chantait à peine mais nous regardait dans les yeux malgré la fatigue et l'alcool, et nous racontait la marche des Désespérés.
    Les larmes coulaient de la lumière bleue qui émanait de ses yeux. Je ne sais pas ce qu'il pleurait, mais quelle douleur, mon Dieu, quelle douleur !
    Avant de se quitter, les yeux encore humides, plus qu'une plainte, il nous délivra une prière : "soyez heureux".

Posté par gastonette à 18:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Le Russe Désespéré

    ...

    Sois heureuse... petite Marion...

    Posté par Jésus, 18 juillet 2008 à 13:37 | | Répondre
  • Dire que...

    ...tu oses dire que tu aimes ma manière d'écrire quand toi, je n'essayerai même pas, à ta place, de faire preuve de modestie.

    C'est élégant, c'est dépourvu de sensationnalisme hésitant et avare en légéreté. Tu transportes, ça transpire de bonheur, de fraîcheur. Et j'aime bien.

    Limite ça me rend jalouse.

    Et dire, comme d'un second souffle interrogateur, que tu es née la même année que moi, bien 6 mois plus tôt, toi en été moi en hiver. Deux côtés qui s'épanchent en chaleur et froideur mais qui se rejoignent dans leur plaisir de manier les mots.


    Merci d'être passée. D'avoir apprécié le peu que je sache faire.

    Posté par M. Pones, 18 juillet 2008 à 23:44 | | Répondre
  • Je le suis, Jésus, et pourvu que ça dure. Je te le souhaite à toi aussi. Je crois qu'on se reverra pas de sitôt (en dehors de la toile internet), dommage. Au plaisir! Bises

    M.Pones on va pas se battre à coups de compliments, quand même, allons, alors disons que nos écritures sont complémentaires! (je suis pour le pacifisme). En tous cas, merci pour toutes ces fleurs, et je regrette pas d'avoir refait un petit tour dans mes vieux commentaires d'ancien blougue. A bientôt pour de nouvelles histoires!

    Posté par Marionette, 19 juillet 2008 à 12:43 | | Répondre
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